Dans un monde de plus en plus individualiste, les lieux de partage ont d’autant plus d’importance. Julie, une des fondatrices du café, explique que le Remue-Méninges n’a pas seulement vocation à être festif mais doit aussi être un lieu d’éducation populaire et de citoyenneté, un lieu où chaque personne pourrait grandir, se remettre en question, s’affirmer et tout simplement s’émanciper.

Le café a donc eu pour destinée d’être un lieu d’apprentissage de la vie, par tous et pour tous. Ces différents ateliers, ouverts à tous en sont le fruit. Un atelier d’écriture qui aurait pu particulièrement plaire aux littéraires s’est révélé être un atelier brisant les barrières de ce monde intellectuel. De la même manière, les ateliers d’arpentage ont permis d’avoir des compréhensions collectives de textes parfois complexes.

Chaque atelier, chaque action, chaque spectacle et je dirais même chaque discussion du Remue-Méninges ont renforcé ce sentiment de partage et d’entraide.

Toujours plus curieuse, j’ai voulu savoir quels cheminements avaient pris les valeurs du café. Ainsi, membres du CA (anciens et actuels), anciens services civiques, salariés ou encore adhérents ont pu me partager leurs visions de ces valeurs.

 

Pour Karen, salariée du café, le Remue-Méninges est un lieu d’apprentissages et de pratiques où la culture favorise le lien social, un endroit où chacun a sa place peu importe les étiquettes et les cases, mais aussi un lieu de vie et d’émotions. « Dans une société qui divise et favorise les inégalités, le café tente de rétablir un progrès social. » me confie Karen.

Elle illustre ses propos par la photo ci-dessous qui dénonce la société qui contrairement au Remue-Méninges ne se préoccupe pas assez de ces valeurs de lien social.

Pour interpréter les valeurs du Remue-Méninges, Laurence, anciennement membre du CA, nous partage sa première venue au Remue-Méninges :
« Je me souviens de ma première fois au Remue-Méninges

 

Ma première soirée au Remue Méninges… j’ignorais alors qu’elle allait constituer le début d’une longue, longue série d’autres premières.

Installée à Saint-Etienne depuis quelques semaines, j’avais abordé l’une de mes nouvelles collègues avec laquelle il paraissait que j’avais quelques atomes crochus. D’ailleurs, c’était elle qui avait commencé en me disant « J’aime bien ton côté baba cool, tu dois manger bio, non ? ». Sans blague, ça se voit tant que çà ?!!

Je l’avais abordée, donc, pour lui demander si elle connaissait un lieu où je pourrais avoir des légumes bio, locaux… « une AMAP quoi ! », avais-je précisé, « je faisais ça où j’habitais avant, et je trouvais que c’était à la fois sympa et très bon ! »

– Tu fais quoi jeudi soir ? me répondit-elle

– Ben, rien… je connais encore personne ici… à part les collègues du service

– Bon, alors je t’emmène boire un coup au Remue Méninges, c’est là que je prends mon panier AMAP. L’endroit devrait te plaire, ajouta-t-elle avec un petit sourire…

Et me voici de retour chez moi, l’adresse du Remue Méninges bien notée sur un post-it emprunté au service. Voyons, mon plan de Sainté (ah oui, en quelques semaines j’ai déjà appris qu’on pouvait dire « Sainté »), repérage de l’itinéraire entre chez moi et le 59 de la rue Désiré Claude. OK, je suis parée, et je retrouve ma collègue devant le Remue Méninges. (A noter que, pour ma première fois, je n’ai pas galéré pour stationner ! Depuis… c’est souvent une autre histoire !).

Bon, ben m’y voici dans cet endroit qui « va sûrement me plaire ».

– Salut Chris, tu vas ?

5 ou 6 personnes se sont approchées de ma collègue…

– Je te présente Laure

Et clac, direct, 5 ou 6 bises claquent sur mes joues

– Tu bois quelque chose ?

– Moi, c’est PierreJean-Louis

– Salut, moi c’est Ben

– Sois la bienvenue !

Et puis voilà Didier et ses paniers de légumes…

C’est sur, la première impression est plus qu’encourageante… elle frôle même l’enthousiasme !

– Tiens, prends un programme ! Me glisse Albane ou Chloé, je ne sais plus

C’était donc un jeudi.

La semaine suivante, j’étais à l’atelier d’écriture le lundi, puis le jeudi à l’AMAP, puis le vendredi à un concert.

Et puis après, les autres semaines suivantes, juste pour retrouver, toujours intacte la chaleur du lieu, les échanges, les copines et les copains, une, deux, trois fois par semaine, parfois plus… celles et ceux qui, par la suite, deviendront des ami.e.s sur lequel.le.s je peux vraiment compter en cas de coup dur !

Et puis venir aussi les week-ends lorsqu’il y a des choses prévues, les festivals, les dimanches jeux, le déménagement…

Et puis enfin le bénévolat au bar… et peut-être plus, car affinités 🙂

Allez, j’avoue : si j’ai eu envie de me poser à Saint-Etienne, si je fais tout pour pouvoir y rester, ma première fois au Remue y est aussi pour quelque chose !

Et ma collègue ? Elle va bien, et je la remercie encore de m’avoir amenée jusqu’ici ! »

 

Stella et Lucas, deux anciens volontaires en service civique, nous confie, eux-aussi, leur vision du Remue-Méninges et la chaleur de leur expérience.

« On a eu la chance de passer sept mois en service civique au Remue-Méninges en 2018-2019 avec Lucas, mon binôme de service civique, et mon binôme dans la vie aussi !
On est arrivés avec nos valises remplies, quelques appréhensions, on ne connaissait personne à Saint-Etienne.
Et puis, en deux temps trois mouvements, le temps d’un café, d’une assiette partagée à midi, d’un picon-bière en fin de journée on s’est fait des dizaines d’amis.
On a appris aussi, beaucoup, au contact de personnes bienveillantes, qui réfléchissent ensemble à comment créer un lieu à part, le plus inclusif, le plus accueillant et le plus vivant possible.
Je pense pouvoir dire que ces huit mois ont vraiment orienté notre parcours de vie, quand on tombe dans les valeurs de l’éducation populaire, portées avec autant de ferveur et d’intelligence, on ne s’en remet pas.
Alors, on leur a déjà dit, mais on ne remerciera jamais assez toute l’équipe du Remue-Méninges de nous avoir accueilli.e.s avec autant de gentillesse et d’amitié et promis, on revient dès que la situation s’éclaircit !
 »

 

 

 

Solange, adhérente du café, m’a transmis une liste des valeurs qui représente pour elle, le Remue-Méninges. Ces valeurs pourraient s’illustrer de cette façon :

Mais, elle me précise que, si elle devait n’en garder qu’un ce serait OUVERTURE (…sans jeu de mots !).

 

Pour Paul, salarié du café, le Remue-Méninges, c’est avant tout la rencontre !

« La rencontre : C’est sûrement pour moi le mot qui représente le mieux le Remue-Méninges. Au-delà du mot valise de mixité utilisé par n’importe quel projet qui s’inscrit dans “l’économie sociale et solidaire”, je pense que la rencontre dans sa diversité, sa simplicité ou à l’inverse sa complexité est une particularité remue-méningienne. Assez naturellement, par son histoire, les personnes qui s’y sont investies ou qui le fréquentent, son accessibilité (économique et culturelle), ce lieu de vie permet la rencontre sans prétention, sans jugement (ou le moins possible). Pas besoin de faire une liste ou de catégoriser les personnes, la conversation peut s’enclencher à tout moment, accoudé au comptoir ou après un spectacle, lors d’un atelier ou sur la terrasse on peut y découvrir l’autre qui des fois est très éloigné de soi. ça marche ou non, mais ça permet, d’apprendre beaucoup et de comprendre un peu, l’autre et soi ! »

Finalement, le Remue-Méninges possède ses propres valeurs mais se construit avant tout grâce aux valeurs de ceux qui le fréquente. L’idéologie voulue par les créatrices a donc mené son chemin, permettant à chacun d’apporter sa brique à l’édifice et ainsi de faire grandir le Remue-Méninges.

Hâte de vous retrouvez autour de ces belles valeurs !

Camille