En pleine nuit à Saint-Étienne un homme ivre tombe au milieu d’un carrefour, éparpillant ses affaires autour de lui. Un voleur qui passait par là en profite pour lui arracher un collier en or qu’il avait autour du cou, et s’enfuir.
Grâce aux caméras de surveillance, les policiers retrouvent ce voleur... Mais est-ce bien lui ?... Parce que, si sa trace est bien suivie grâce à elles, aucun témoin humain ne le reconnait comme l’agresseur. La victime ?... Elle n’a aucun souvenir. Le chauffeur d’un bus, qui passait par là, qui a du s’arrêter pour porter assistance à l’homme ivre et nettoyer le passage ?... Il ne le reconnait pas non plus le supposé agresseur. Divers passants et passantes ?... La police leur a demandé, mais personne ne l’a reconnu.
Et voilà, cet homme, au tribunal de Saint-Étienne, qui doit statuer si c’est bien lui ou pas qui a volé le collier en or, cette mauvaise nuit.
C’est un migrant, déjà sous OQTF ; tout le monde, au tribunal, sait ce qu’est une OQTF [1]. Il survit grâce à des petits boulots au noir ; il déclare être venu en France pour se soigner d’une addiction à l’alcool. Encore l’alcool. Il conteste être l’auteur des faits.
Son avocat met en avant la mauvaise qualité des images vidéos : les visages n’y sont pas distinguables, les gens ne peuvent être suivis que par leur allure générale. Bien sûr il rappelle qu’aucun humain n’a reconnu le prévenu. Et la victime n’étant pas présente au tribunal, ça serait un peu difficile de jauger son ivresse, s’embrouille un peu l’avocat, bien qu’évidemment ça ne serait pas une excuse pour lui voler son collier.
Puis cet événement évoque la dureté des conditions de vie nocturnes dans la rue, où l’alcool règne, enregistré dans les images sales des caméras, mais où, nous toutes et tous, nous payons le prix fort.
Le tribunal "se retire" pour délibérer, puis revient et donne son jugement : le prévenu est déclaré coupable. Le président ne donne aucune explication sur le raisonnement qui a été le leur ; il est rare qu’un tribunal s’explique ; la sentence est "coupable", point. 12 mois de prison, interdiction de territoire national pendant 10 ans, interdiction de port d’armes pendant 5 ans, 800€ d’amende pour préjudice moral, délai de 10 jours pour faire appel. Une condamnation lourde.
Les témoignages des humains, qui pourtant avaient porté assistance à la victime, sont hors sujet.
La Remuante