Nous avons l’habitude des "associations loi 1901", à tel point que nous croyons qu’une association c’est toujours et partout "loi 1901"... et nous n’imaginons pas tous les débats, interrogations, luttes, qui ont duré au moins tout le 19ème siècle, qui ont abouti à ces "assos".
Une partie de cette histoire vient d’être raconté par Guillaume Boudou, docteur en droit, dans une étude. Il y affirme que l’administration française aurait favorisé l’apparition du concept d’association dans tout notre pays [1].
L’une de ces étapes est passée par... Saint-Étienne ! Oh, elle est très modeste. À cette époque, en 1824, il y a plus de 200 ans, Saint-Étienne n’était qu’une sous-préfecture. Et pour les autorités sous-préfectorales, il s’agissait de savoir si la loge maçonnique dénommée "Gymnase de la franche amitié" était légale ou pas.
Plusieurs problèmes se posaient, du point de vue des autorités, à son sujet.
Premièrement, c’était une loge maçonnique, et les loges maçonniques étaient supposées dangereuses par hypothèse, car elles avaient été aidées par Napoléon.
Ensuite, qui sont exactement les membres de la loge ?... Car, à l’époque, l’État avait peur de ce que plus une association avait de membres, plus elle risquait d’être dangereuse. À tel point que les associations de plus d’une vingtaine de personnes étaient interdites.
Mais un membre d’association, qu’est-ce que c’est ? La loi ne le précisait pas. Et ça n’était pas très clair, à l’époque. Pour cette loge maçonnique, la police savait qu’il y avait une dizaine de membres fondateurs, mais, à leurs réunions, elle en voyait au moins de double. Que penser ?
L’attitude de la préfecture, dans ce cas, fut d’autoriser l’association, tout en cherchant à savoir, par des enquêtes, quels étaient les personnes qui y participent, de façon à, dans un second temps, pouvoir l’interdire, s’il se démontrait qu’un trop grand nombre de personnes y participaient.
Pour l’auteur, cette étape est une des marques d’un laisser-faire surveillé des préfectures, et d’une pression qu’elles exerçaient pour que leurs membres soient identifiés et comptés. Ce qui apparait aujourd’hui naturel, mais ne l’est pas tant que ça, si nous y réfléchissons.
Fin de l’histoire ?... Pas tout à fait : les francs maçons ont continué d’agiter le microcosme stéphanois, jusqu’à... Gaël Perdriau ! Le principal "présumé innocent" de l’affaire qui porte son nom, alors qu’il était encore premier magistrat de la ville, avait accusé dans une interview les... francs maçons, d’avoir fomenté l’histoire dont il était accusé [2]. Au cours des procès consécutifs à cette affaire, personne n’a accordé le moindre crédit à cette affirmation, sans doute était-ce un chiffon rouge.
Et qu’était donc cette loge maçonnique de la franche amitié ? Je n’en ai pas retrouvé sa trace, alors qu’elle a été active une trentaine d’années, apparemment. Il nous reste quelques éléments, mais pas grand chose de précis. Peut-être s’occupait-elle de bienfaisance [3].
Il existe une notice sur elle à la Bibliothèque Nationale de France (BNF) où l’on apprend qu’elle serait née en 1802 et que ses statuts dateraient de 1829.
Je suppose qu’il existe un rapport entre la rue de la Franche-Amitié ou la montée de la Franche-Amitié voisine avec cette loge maçonnique, mais impossible de trouver quoi, à part le nom, bien sûr.
L’amitié, comme façon d’être ensemble, de faire association ? Comme la franchise ?... Mais alors, pourquoi un "gymnase" ?... Je ne sais pas.
La Remuante